La méthologie Act, nouvel outil commun d'évaluation de l'empreinte carbone #868

24/05/2024

Face aux impératifs d’améliorer leur impact environnemental, de nombreux acteurs et groupes de luxe et de mode ont adopté des méthodes d’évaluation. Ainsi depuis cinq ans, les annonces sur les réductions de l’empreinte carbone des uns et des autres fleurissent.

Sauf que lorsque chaque groupe adopte une approche différente, il n’est pas possible de comparer ces résultats par rapport au reste du secteur. L’outil peut ainsi permettre de quantifier des évolutions et d’annoncer des objectifs…. mais laisse aussi la porte ouverte au verdissement artificiel des activités.

La nouvelle méthodologie Act, actuellement testée par une dizaine de marques et de groupes de la mode et du luxe, a pour objet d’harmoniser les pratiques du secteur.

Porté par l’association Paris Good Fashion, le Défi et l’Ademe, ce projet s’appuie sur l’expertise du World Benchmarking Alliance, de Climate Chance et l’accompagnement du cabinet Deloitte.

« L’an dernier, nous avons réalisé un état des lieux de l’avancement des marques françaises quant au développement durable. Les points positifs étaient qu’il y avait une prise de conscience sur l’éco-conception et que les travaux sur la traçabilité étaient en cours. Mais le point négatif, c’est qu’il n’y avait réellement aucune harmonisation sur les bilans carbone, explique Isabelle Lefort, co-fondatrice de Paris Good Fashion. Le constat sur ce point était qu’il fallait au secteur un outil qui corresponde à tous pour que nous puissions nous mesurer et donc avancer collectivement, et être à la hauteur des enjeux. LVMH et le groupe Richemont se sont engagés dans le projet. Nous nous sommes rapprochés d’organismes internationaux reconnus pour adapter la méthodologie Act qui permet d’évaluer la crédibilité des plans carbone des entreprises ».

L’intérêt de cette méthode Act, pour Assesing low-Carbon Transition, est notamment qu’elle a été déjà développée dans 14 secteurs, comme le transport, le commerce de détail ou l’agroalimentaire. Elle s’appuie déjà sur neuf modules thématiques et analyse les actions mises en place. Depuis la fin 2023, Paris Good Fashion et ses partenaires ont recueilli les doléances du secteur, des grands groupes comme des PME, des marques comme des enseignes, afin d’identifier comment proposer l’outil le plus adapté à la mode et au luxe.

« Pour établir la méthodologie, LVMH, Chanel, le groupe Richemont, Lacoste, Etam, mais aussi le Bon Marché et les Galeries Lafayette ont participé aux travaux, mais aussi les fédérations du secteur. Le process est défini par l’Ademe.Il y a eu un premier temps de travail bibliographique avec des interviews de marques et d’experts afin de valider une première version, explique Isabelle Lefort. Puis, nous avons eu une consultation publique à laquelle 185 structures ont participé dont des acteurs internationaux. Cela a permis d’apporter des précisions, notamment pour que cela soit adapté aux groupes comme aux TPE. A présent, nous sommes dans la phase d’expérimentation de la méthode avec 18 entreprises afin d’être certain qu’elle est bien adaptée ».

Le projet est conséquent et mobilise de nombreuses énergies. Les méthodes Act des autres secteurs permettant d’avoir un cadre de base, mais le secteur mode et luxe nécessite des précisions. « C’est un secteur très complexe avec de nombreux acteurs tout au long de la chaîne de valeur par rapport à d’autres secteurs industriels, analyse la co-fondatrice de PGF. Mais c’est certain que nous nous focalisons sur le scope 3 (les émissions carbone liées aux biens et matériaux acquis). Mais nous renvoyons aussi vers les autres méthodologies, comme le transport, pour ne pas faire de doublon. Notre volonté était aussi de ne pas surcharger les entreprises de recherches de données. Environ 90% des données nécessaires sont déjà collectées, par exemple dans le cadre de l’obligation européenne de la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive)« .

Face aux divers projets français et européens de textes encadrant les sujets environnementaux dans le secteur textile, la méthodologie Act précise d’ores et déjà qu’elle se référera à la législation prédominante. Une fois définitivement validée, la méthodologie Act mode et luxe sera disponible en open source, c’est à dire qu’elle sera gratuite. La seule condition sera de former une personne de l’entreprise à sa mise en place.

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